La dernier maître de l’air : Interview du réalisateur

Avec Le dernier maître de l’air, M. Night Shyamalan prend un risque inouï en utilisant les moyens spectaculaires d’un blockbuster pour nourrir ses obsessions (la spiritualité, le surnaturel, la philosophie bouddhiste) et s’adresser à ceux qui aiment lire au-delà des images. Contrairement à ce que l’on a pu lire dans la presse US, il s’en tire honorablement en compensant les défauts inhérents aux introductions des grandes sagas par une hallucinante gestion des effets illustratifs.

Avec Le dernier maître de l’air, vous proposez les prémisses d’une trilogie comme un blockbuster expérimental en empruntant l’esprit de l’anime pour développer vos obsessions…
Ce que vous dîtes est la meilleure façon de vendre le film… J’ai effectivement essayé de poser les bases d’une mythologie, à la manière des Harry Potter et d’autres franchises, sans pour autant être fidèle à 100% à la série animée d’origine. A la base, Avatar repose sur une combinaison de plusieurs influences : asiatiques, hindouistes. Cette mythologie fait appel aux arts martiaux, que j’adore, et propose une vraie connexion avec la nature, ce qui est très important pour moi. Elle contient également toute ma philosophie sur l’existence. Je l’ai vraiment conçue comme un opéra et, d’ailleurs, je pense que lorsque vous voyez le film, cela ressemble à un vrai opéra, surtout dans la dernière demi-heure. Si j’ai la chance de réaliser le second et le troisième volet, le spectateur aura avec le premier les prémisses du chemin que je souhaite prendre.

Peut-on parler de l’influence de Miyazaki?
Évidemment, c’est l’un de mes réalisateurs préférés. Peut-être parce qu’il me parle : il convoque les esprits, utilise le fantastique, renvoie au monde de l’enfance. Je ne suis pas le seul à penser que Avatar est très influencé par Miyazaki. De même qu’en tant que cinéaste, je suis influencé par son univers.

Le dernier maître de l’air est votre premier blockbuster. Est-ce qu’à partir de maintenant, pour conserver votre intégrité, vous allez alterner les grosses productions et les projets indépendants?
Depuis le début, je conçois ma carrière comme celle d’un cinéaste indépendant. Je ne me sens pas différent de cinéastes comme Spike Lee, Woody Allen, les frères Coen. Ce qui est sûr, c’est que je n’ai jamais été, je ne suis pas et je ne serai jamais un spécialiste des blockbusters. Il se trouve que le surnaturel plait aux gens et que ce domaine est plus facile à proposer à une grande échelle. Mes films, parce qu’ils répondent à une attente et parce que ce registre stimule les spectateurs, ont bénéficié d’une grande distribution. Mais on oublie la plupart du temps qu’ils ont été tournés à Philadelphie, loin de toute pression Hollywoodienne, que les scénarios font juste appel à mon imagination et que je les écris seul dans une pièce. En étant isolé, j’ai pu toucher beaucoup de gens. Tant que je serai fidèle à mes obsessions et que je ne me vendrai pas, ça ira. Je suis déjà heureux d’avoir pu faire ça pendant dix ans et d’avoir pu être distribué par des grands studios.

Les critiques US et les fans vous reprochent d’avoir trahi l’anime…
Je reste persuadé que 80% des spectateurs du Dernier maître de l’air, dans le monde entier, ne connaîtront pas la série. Ce sera nouveau pour eux. J’ai essayé d’apporter ma patte : il faut vraiment le voir comme un blockbuster pour enfants avec des références asiatiques et spirituelles. Je peux comprendre que pour les fans, ce soit très différent. Mes deux genres préférés ont toujours été les films d’arts martiaux et l’horreur. Lorsque j’ai commencé à faire des films d’horreur, j’ai proposé un traitement volontairement différent de ce que l’on connaissait déjà. Je me suis focalisé sur la psychologie, la dramaturgie, l’humanité des personnages pour ouvrir le genre à un public plus large. Sixième Sens reste un mélange de mélodrame et d’horreur. Je voulais opérer la même combinaison avec les arts martiaux en accentuant une philosophie méconnue sur l’apprentissage et la capacité à connaître les intentions de l’autre. Ce que l’on me reproche au fond, c’est d’avoir fait un film d’arts martiaux «sérieux».

Cette transition au blockbuster avec des effets spéciaux implique aussi dans votre style un passage de la suggestion à l’explicite. C’était votre défi?
Je ne peux pas répondre à votre question parce qu’il est encore trop tôt. En revanche, si j’ai l’opportunité d’en faire trois – ce que j’aimerais vraiment -, on se retrouvera à la fin de la trilogie et vous serez surpris de ne plus le réduire à une simple introduction. Il faut laisser le temps au temps. A ce moment-là, nous nous retrouverons et vous me direz que je ne vous avais pas prévenu pour les secrets de tel ou tel personnage. Le dernier maître de l’air sera cohérent dans une trilogie. Au fil des épisodes, vous obtiendrez des révélations inattendues. Vous pensez avoir tout compris, mais en réalité ce n’est qu’une fraction de ce qu’il en est réellement. Comme un premier acte.

Source : Excessif

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