Cinéma 3D : bilan mitigé d’une révolution annoncée

Après Toy Story 3 et alors que Piranha 3D sort prochainement sur nos écrans, il semblait opportun de nous retourner sur le phénomène 3D qui a profondément bouleverser le paysage cinématographique, et d’en dresser un premier bilan. Ou quand le meilleur côtoie trop souvent l’inacceptable.

Du spectaculaire, du nouveau et du sensationnel pour une révolution annoncée ?
Avec l’arrivée d’Avatar et des quelques films qui tentèrent de surfer sur le raz-de-marée qu’il ne manquerait pas de provoquer, c’est toute une industrie qui s’est découverte de nouveaux horizons et de nouveaux fantasmes, tout en se rassurant. En effet, avec le blockbuster signé James Cameron et en dehors de toute considération pour la fresque politique qu’il nous a offert, il était heureux de constater que la révolution numérique qui transformait le cinéma mondial depuis de nombreuses années, arrivait à une certaine forme de maturité. Avec toutefois une immense différence, celle de proposer à son spectateur, une nouvelle expérience, celle de la 3D et en retour, la promesse d’un spectacle inoubliable et impossible à retrouver hors des salles. Réponse au home cinéma et dans une certaine mesure au téléchargement sous toutes ses formes, le dispositif réanimé et amélioré après ses échecs des décennies passées, réhabilitait la salle, son offre de divertissement et permettait au cinéma, un retour aux origines. C’est-à-dire aux racines même du spectaculaire qui consacra dans les fêtes foraines et autres foires, sa première décennie.

En somme, la 3D renouait avec l’une des dimensions originelles du septième art, sa propension à stupéfier, surprendre et étonner les foules, tout en faisant jaillir la réalité vers eux comme aux premières heures de sa découverte. Avec en sus, l’opportunité pour toute l’industrie du cinéma et de l’image domestique à sa suite, d’entrapercevoir le futur avec une croissance relancée et des marges accrues. In fine, le phénomène avait toutes les chances de prendre. Ne manquait plus alors qu’à convaincre le public d’accepter les accessoires qui accompagnaient pareille nouveauté avec des films sachant en tirer profit. Et ce fut le cas dans une certaine mesure.

En effet, quiconque se rappelle Là-haut ou le dernier Toy Story 3 ne peut être que convaincu par l’intérêt de la 3D, elle qui donne une ampleur nouvelle à l’exercice de l’animation à l’écran. Et que dire d’Avatar ou de Dragons où l’impression de voler et d’en ressentir les brutales variations de vitesse et d’altitude a ravi la foule des curieux. De même, l’effet 3D a su en faire sursauter plus d’un à l’heure où le cinéma d’action et de genre s’en ait emparé du Choc des Titans en passant par Meurtres à la Saint-Valentin, Scar 3D, l’inénarrable Sexy Dance 3D ou le prochain Piranha 3D. Le constat semblerait donc idéal et profitable à tous, si d’énormes ombres ne venaient assombrir l’annonce d’une révolution trop rapidement annoncée comme accomplie.

Entre opportunisme et intérêt limité : des manques flagrants
Car l’horizon n’apparait pas aussi dégagé qu’il y parait lorsque l’on évoque les attraits de la 3D dans nos salles. En effet, la question du coût des places apparait d’emblée comme une première limite puisque l’augmentation du ticket moyen s’avère être une meilleure affaire pour les distributeurs et autres producteurs que pour les simples spectateurs. Ainsi, le coût global de la place augmente sensiblement au point que les recettes croissent de près d’un tiers pour un spectacle qui n’est souvent pas à la hauteur des prouesses espérées. La perspective de rentrées faciles n’a effectivement pas échappé à l’ensemble du secteur et trop nombreux furent les films à apparaître comme révolutionnaire alors qu’ils n’étaient que purement opportunistes.

Ce fut le cas avec le dernier film de Tim Burton mais aussi avec Le Choc des Titans et tant d’autres encore. Autant de films tournés et pensés en 2D et qui furent « gonflés » et retravaillés souvent en externe pour être disponibles en 3D. Et que dire du fait d’accoler 3D à nombre de productions lorsque celles-ci se cantonnent trop facilement à n’offrir que de pâles illustrations de ce qu’Avatar avait su proposer avant eux ! Car réaliser un film en trois dimensions, c’est avant tout le penser comme tel et c’est donc faire oeuvre de cinéma que d’en explorer toutes les possibilités de mise en scène. Or, trop peu nombreux sont ceux qui eurent le talent ou les capacités de le faire puisque agir de la sorte nécessite du temps, des moyens, de l’expérience et d’autres impératifs qu’une rentabilité aussi immédiate qu’opportuniste.

De fait, et trop souvent, la 3D s’apparente plus à un sombre argument marketing qu’à une véritable avancée de l’art cinématographique. Nombre de films arguant de cette qualité, usent par exemple de facilités ahurissantes (effets de plongée, surgissement…) qui par leur absence d’imagination et de talent, déconsidèrent leur spectateur. Et que dire de leur emploi caricatural de la profondeur de champ qui ne peut prétendre à moyens supérieurs, ce que fit Orson Welles dans MacBeth.

En définitive, la révolution tant vantée et si pompeusement annoncée, s’apparente plus à une exploitation facile d’une technologie aux possibilités réelles qu’à une véritable exploration de ses limites. Heureusement, de singulières exceptions laissent augurer le meilleur pour les années à venir et ce n’est pas une surprise si l’animation en général a su le mieux s’emparer de la 3D, elle qui a su davantage appréhender depuis des années et plus que les autres, les incroyables potentialités de la révolution numérique. Dès lors, ne nous arrêtons pas aux premiers ratés et continuons de supporter seulement les films 3D qui le méritent, au premier rang desquels figurent entre autres, Avatar et les productions Pixar.

Source : Excessif

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