L’origine de nos complexes

Trop ronde, nez trop long ou pas assez de poitrine…On n’a de cesse de se comparer à un idéal de beauté et de perfection souvent intransigeant. Réelles ou imaginaires, ces « imperfections » sont à l’origine de complexes qui nous gâchent bien souvent la vie. Mais pourquoi sommes-nous aussi dures avec notre corps ?

C’est injuste, mais on a toujours considéré, sans bien savoir pourquoi, que tout ce qui était beau était forcément bien et bon. Pas étonnant que cette dite beauté soit pour chacun d’entre nous comme la quête du Graal, un état suprême vers lequel on veut tendre pour être « bien ». « Si j’étais plus mince, si j’étais moins grande…. ». Que celle qui ne l’a jamais prononcé jette la pierre aux autres. Nous n’avons de cesse de nous trouver des petits défauts et de créer autour de véritables complexes. Pourtant « il ne faut pas oublier que les normes en matière de beauté sont variables d’une société à une autre, et même d’une époque à une autre. La beauté doit s’écrire avec une minuscule et demande à être relativisée », explique David Le Breton, sociologue et auteur d’Anthropologie du corps et modernité. « Ce qui complexe une femme, peut devenir à la mode quelques années plus tard ». Rassurez-vous, si votre teint diaphane vous complexe, sachez qu’il était très prisé au début du siècle et qu’il pourrait bien le redevenir dans les prochaines années. Le corps fait aujourd’hui l’objet d’une médiatisation impressionnante. Télévision, magazine féminin, publicité…tous véhiculent des modèles de « perfection » aux normes préétablies…et retouchés par des logiciels photo aux résultats –hélas ?- plus vrais que nature. « Impossible de se comparer à des corps aussi formatés, parfois artificiels, sans se trouver bourrés de défauts…d’où nos complexes », conclut David Le Breton. « Il y a complexes dès lors que l’on investit de manière trop prégnante ces normes. Cela devient alors de l’ordre de l’imaginaire. Tout se passe dans la tête. On érige un modèle de beauté avec lequel on se sent inéluctablement en désaccord». Et pourtant, vous détestez votre miroir, et ce qu’il vous renvoie. Si l’on dit que les apparences sont souvent trompeuses, c’est bien l’apparence que l’on érige comme premier juge. « Il y a toujours eu une influence très forte du paraître, et ce, dans toutes les sociétés », explique Jean-François Amadieu, sociologue. « Depuis quelques années, elle tend à se renforcer. Dans le marché du travail avec l’explosion du secteur tertiaire mais également dans le marché matrimonial, beaucoup plus dynamique en raison de l’instabilité des relations amoureuses, le paraître s’impose et joue le rôle de critère de sélection. On demande alors aux personnes de s’occuper de l’image qu’elles renvoient ».

Mais pourquoi essayons-nous de nous conformer aux normes de beauté jusqu’à finalement tous nous ressembler ou presque ? « Les individus veulent manifester leur appartenance à un groupe. Aussi, ils obéissent aux normes et codes reconnus par ce groupe », note Jean-François Amadieu. « Nous ne redoutons pas, pire, nous sommes obsédés et effrayés à l’idée d’être rejetés de ce groupe ou stigmatisés. ». Aussi, nous suivons les tendances, ce qui se fait, et évitons de « sortir du lot », l’originalité n’étant pas toujours « bien vue ». Et c’est ainsi que vous adoptez la veste « officier » ou la cape car c’est à la mode plutôt que le poncho offert par Maman que vous préférez pourtant…. Les complexes et obsessions naissent et s’intériorisent dès l’enfance, « à l’âge où l’on construit l’image de soi et où les moqueries de cour de récré sont cruelles et souvent mal vécues », précise Marie-Louise Pierson, psychiatre et auteur de « L’image de soi ». « Le regard de la mère sur une fillette a un impact majeur. Si la mère ne considère pas sa fille comme la plus belle, cette dernière ressent un manque affectif qui la poursuit bien souvent à l’âge adulte », renchérit David Le Breton. Et ce sont bien les femmes qui sont les victimes toutes désignées du jeu du regard des autres et de la perception de soi. « Dans l’éducation des jeunes filles, la beauté est toujours présentée comme étant un critère de sélection. On dit à une petite fille qu’elle est belle ; cela fait résonnance. C’est un élément qui compte dans la vie d’une femme. Il faudra toujours qu’elle veille à soigner son apparence », explique Jean-François Amadieu. Dès lors qu’elles ne correspondent pas au corps féminin idéalisé, « les femmes en font une affaire d’état », ironise David Le Breton.

« Les adolescentes sont de véritables clones ! Si j’avais leur âge aujourd’hui, j’aurais bien du mal à tomber amoureux », remarque David Le Breton. ». Cheveux sur la langue, strabisme, yeux vairons, rondeurs, dents mal rangées …impossible de citer toutes les caractéristiques perçues comme « hors-norme », mais car il s’agit de caractéristiques, elles construisent la personnalité et l’identité, permettent de « s’individuer » selon le néologisme consacré par le psychiatre Carl Gustav Jung, et faire notre charme singulier. Les stars l’ont bien compris. Vanessa Paradis ou Cindy Crawford, par exemple, ne vous diront pas le contraire. C’est leur marque de fabrique ! « Ma petite amie a les dents du bonheur, je trouve cela adorable. Ça lui donne quelque chose de particulier que les autres n’ont pas », confie Farid. Vincent, quant à lui, mène la guerre contre Stéphanie qui s’entête à vouloir se mettre au régime. « Je trouve ses rondeurs sublimes et sexy, mais Stéphanie ne l’entend pas de la même façon. Elle se voit de manière tellement disproportionnée qu’elle en souffre. C’est dommage, je ne la changerais pour rien au monde. ». Henri est célibataire mais affirme ne « jamais se retourner les filles qui sont des copies conformes. J’aime les visages expressifs et les expressions par des traits hors du commun ». Vous l’aurez compris, ce qui nous apparait être des défauts ne sont pas forcément perçus comme tels par les autres. Josy Mermet, conseillère en image travaille sur les différences de chaque personne et avoue les accentuer pour en jouer plutôt que de les dissimuler. Avec la méthode qu’elle a mise au point, la chromopsychologie, l’allure globale et l’harmonie prennent tout leur sens. « Le but n’est pas de transformer la personne mais de faire en sorte que ses défauts deviennent, pour elle, des qualités propres. Il s’agit pour nous de miser sur une cohérence entre le look, la coiffure, le maquillage, les couleurs…afin de créer une harmonie entre sa personnalité et son image ». Il convient donc de jouer avec ce qui nous différencie, mais pas seulement. L’essentiel étant dans notre tête, « il faut apprendre à prendre de la hauteur par rapport aux normes et aux idéaux que l’on prend pour modèles. Les signes d’identité et de singularité sont au combien plus beau », conclut David Le Breton. Marie-Louise Pierson, psychiatre, va même plus loin : « On ne doit pas se laisser déterminer par notre image mais se rendre possesseur de notre image, construire son être, c’est-à-dire, ce que l’on renvoie aux autres ».

Source : TerreFemina

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